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Pont de la Sanction

« Fête de la Sanction ». Telle est la traduction de notre espiègle Philou pour ce week-end prolongé de l’Ascension où nous sommes partis à Anapoima – à quelques dizaines de kilomètres de Bogotà, dans un havre de paix tropical – le temps du jugement d’adoption. Notre tout nouveau super-grand-frère a imaginé (yeux pétillants et sourire aux lèvres) une grande fête où Jésus donnait joyeusement des fessées à toutes les personnes qui avaient fait des bêtises pendant leur vie sur Terre. Un soupçon de catéchisme faisant écho à l’Evangile de notre première messe Colombienne « Je ne vous appelle pas serviteurs, (…) je vous appelle mes amis » ont permis de rétablir rapidement le sens de la fête. L’imaginaire enfantin et débordant de notre jeune explorateur est venu bien rapidement rejoindre notre quotidien confit d’émotions explosives, heureuses mais aussi parfois difficiles.

On nous en avait parlé. Nous les avions anticipées, craintes, préparées, et jusqu’ici on y avait échappé… les crises de jalousie sont arrivées. Larvées depuis quelques jours dans le coeur de notre grand, elles ont débarqué. Explosives, impromptues et libératrices, Philippe a finalement profité de ce « petit week-end au calme » pour lâcher visiblement ses émotions liées à l’arrivée de cette petite soeur tant attendue. « Dans mon coeur, il y a des bombes d’amour et des bombes de jalousie » dit-il lorsqu’on l’aide à formuler ce qu’il porte depuis quelques jours (ou peut-être semaines ou mois, en fait).

Derrière la crainte légitime de ne plus être autant aimé, choyé, protégé, câliné, préféré, …, comme tous les aînés qui doivent faire de la place à un autre poussin dans le nid parental, c’est l’immense peur de l’abandon qui ressurgit avec autant de violence que de tendresse.

Lorsque la cocotte-minute est sous pression maximale et que nous n’avons pas eu le temps de trouver puis d’ouvrir la soupape du jour (oui, elle peut changer de place !), ça pète. Les fringues, les Bakugan, les feutres, les pieds et les paroles volent alors en basse altitude à des vitesses vertigineuses. Il n’est que 6h45 du matin et c’est le début d’une « chouette journée » qui s’annonce. Pia n’est pas en reste, avec ses fringales intempestives, ses hurlements dès qu’on tente de retirer son bavoir, ses diarrhés permanentes et le besoin de faire sa place quoi qu’il en coûte (comme dirait EM).

Entre paroles et gestes réconfortants, écoute active, chatouilles et massages mais aussi grosses voix, rappel ferme du règlement intérieur et torpeur matinale, les 4G arrivent régulièrement au petit déjeuner excités comme des piles électriques. Hola, buenos diaaaaaas !

Heureusement, les estomacs remplis ont raison des pires pandémies de stress et permettent de réguler les humeurs parfois lunatiques des habitants de notre petit nichoir.

A travers coups et contre-coups, chacun exprime, comme il peut et quand il doit, ce qui le traverse avec intensité et sincérité pour trouver ensemble le diapason du jour et s’y accorder tant bien que mal. Ca va le faire, « move forward » se dit-on entre parents pour garder les pieds sur terre (et un semblant de raison).

Cela fait tout juste une semaine que nous sommes quatre et nous sommes HEU-REUX. Le devant de la scène est occupé par l’Amour inconditionnel, la joie d’être réunis, la sécurité familiale, la magie de la Vie qui nous façonne à chaque instant, les moments complices volés entre Papa-Maman, Philippe-Pia, Papa-Philippe, Maman-Philippe, Papa-Pia, Maman-Pia, …. et tournez manège !

Le semainiversaire, c’est aussi le moment de dresser un premier bilan et de comprendre que nous devons, pas à pas :

– poser des mots d’adulte sur la réalité de l’adoption à travers celle de Pia, en écho à l’histoire de Philippe dont il cherche activement et sérieusement à reconstruire le puzzle depuis notre acceptation par Diaphanie en décembre dernier.

– apprendre à raconter que Maman et Papa ne sont pas un gros gâteau à partager en fratrie mais que chaque enfant peut les avoir tous les deux, tout entier. Ce sont les gestes et le temps qu’il faut effectivement partager. Charge à nous de les rendre plus intenses et précieux à chaque fois.

– s’exercer à encaisser, accueillir, transformer les « de toute façon, je suis moche », « je sais, vous allez m’abandonner », « vous aimez que Pia, vous ne m’aimez pas » et à consoler lors des « en fait, c’est difficile avec Pia » ou « je voulais pas vous parler, je croyais que vous alliez me gronder », …

– développer la patience pour tous, tout le temps : couches (plus que) pleines et puantes, ventres vides, rendez-vous administratifs importants voire stressants, gestion des crises,… Comme dirait notre Philou : « c’est la vie, quoi ! »

– se réserver des moments doux et de qualité, de complicité et d’échanges exclusifs (merci pour la suggestion de Bataille Navale, Amel : grand succès ! ou les bains dans la piscine pour nager collés-serrés contre notre croquette dont le corps s’abandonne peu à peu contre le nôtre)

– rassurer Pia qui se tape la tête sur son lit ou qui est frustrée de ne pas pouvoir toucher les prises électriques (tu m’étonnes). Consoler Philippe qui veut redevenir un nourrisson dans les bras de sa Maman en laissant couler de grosses larmes de crocodile.

– découvrir, lorsque les limites sont dépassées, comment remplacer les punitions par des sanctions justes et si possible « intelligentes »… sacré challenge 🙂

– apprendre à exprimer ses émotions, demander pardon, formuler et tenir ses promesses coûte que coûte pour développer confiance et sécurité.

– lâcher prise et laisser couler les dessins animés comme l’eau de la douche, les frites-ketchup comme les regards noirs.

– verser discrètement une larmichette lorsque nos deux petits tissent leur fratrie spontanément et que nous chopons quelques chuchotements à la volée (« tu n’as plus à t’inquiéter, on restera toujours avec toi puisqu’on t’a adoptée. Tu pourras manger et boire tous les jours ») ou que nous captons les regards éperdus de Pia vers son grand-frère.

– se renseigner sur les techniques transhumanistes pour se faire greffer 4 bras, des yeux de mouche et deux bouches, puis accepter humblement notre condition, en remerciant infiniment nos parents et tous les éducateurs qui ont croisé notre chemin alors que nous étions nous-mêmes enfants, pour la mission super-héroïque qu’ils ont relevée.

– s’attendrir et rire aux éclats en contemplant ces petits survivants qui, de résilience, d’humour et de courage, nous dépassent déjà tellement.

– protéger pour former des protecteurs, aimer pour faire grandir l’amour, caresser et bercer pour faire émerger la sensibilité, regarder et écouter pour élever l’estime, prier pour être inspirés.

– contempler le cadeau qui nous a été confié de ces petites âmes, fraternelles, complémentaires et si merveilleuses.

Lire et relire ces jolis mots et tenter de les faire nôtres, car à cet instant : Maman est en caleçon en train de finir sa nuit la tête dans un coussin et les cheveux en poulpe sur la tête, Papa vérifie que les appareils électroniques auront assez de batterie pour la journée, Philippe piétine en maillot de bain pour prendre son cours d’apnée et Pia vérifie dans la poubelle s’il ne reste pas un petit quelque chose à grignoter…

La vraie vie, la belle vie quoi !

 

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