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Quatre G

Lundi 10 mai, 9h, donc. Nous vous retrouvons là où nous vous avions laissés, le bide en vrac et le palpitant poussé à son paroxysme. Et nous qui croyions naïvement que nous serions moins bouleversés que lors de l’adoption de notre Philou…  Tirés à quatre épingle, chignonnés, nœud de papillotés, costardés et haut talonnés, nous montons dans le van qui va nous conduire à (très) vive allure vers la Casa et notre toute petite.

Nous jetons tout de même quelques regards curieux vers l’extérieur, cette ville de Bogota que nous découvrons à travers la vitre et dans laquelle nous nous sentons flotter dans un état second. Habituellement, il faut compter plus d’une heure pour effectuer le trajet que nous parcourons, mais le Covid et la situation sociale actuelle ont eu raison des embouteillages monstres habituels. Tant mieux, car nous avons l’impression que notre cœur enfle comme une baudruche à mesure des kilomètres parcourus. On frôle l’explosion !
Philippe, lui, connait déjà. Pas le paysage, mais le voyage, oui. Il choisit de s’endormir.

On s’arrête. La porte du van coulisse. Une petite rue tranquille à traverser vers un bâtiment bas, de plain-pied. Nous poussons le portillon de fer blanc entouré de haies. Lavage de mains obligatoire dans un petit lavabo installé à l’extérieur. Passée cette formalité sanitaire, on entre dans le hall d’accueil et très vite, on nous fait pénétrer plus avant dans la Casa. Je reconnais le couloir de brique dont les murs sont couverts de photos des enfants qui ont été accueillis tout au long des 80 ans d’existence de cette institution emblématique. Tous ces visages, toutes ces histoires, toutes ces familles qui se sont avancées ici le cœur battant… Cela me met les larmes aux yeux…

Nous sommes un peu empotés, à la fois pris par l’émotion, chargés d’une multitude de sacs (vêtements à donner à la Casa, paquets que certaines familles nous ont confiés, tenue choisie avec soin pour notre Pia…) et envoyés successivement dans plusieurs directions. Nous finissons par atterrir dans une salle de réunion, aux murs vitrés, dans laquelle se trouve une table immense autour de laquelle nous nous asseyons. Nous avons ensuite des entretiens successifs avec l’assistante sociale, la psychologue, l’infirmière chef pour évoquer le dossier de Pia. Pour tenir Philippe tranquille, nous n’avons pas lésiné : jeux, goûter, histoires avec casque sur la tête… Notre fiston parvient (presque) à rester sagement assis sur les genoux de son papa. Pendant ce temps, nous nous concentrons sur nos interlocutrices, glanant çà et là le sens global de leurs propos en espagnol qui nous sont ensuite traduits. Nous signons à nouveau de multiples documents.

Puis, tout s’accélère. On nous demande de nous lever pour nous prendre en photo. Sans trop comprendre, nous obtempérons, sauf Philippe qui semble, lui, avoir bien saisi l’importance de l’instant et se crispe dans un coin de la pièce. Guillaume le prend dans ses bras pour le calmer et nous sentons une grande agitation de l’autre côté de la vitre (un peu dans le genre de celle qui gagne l’assemblé à l’entrée de la mariée, vous voyez le genre : téléphones en mode photo rafale, sourires attendris de circonstance et coups d’œil jetés par les invités vers les protagonistes – nous en l’occurrence – pour saisir leur émotion, têtes qui se dévissent vers l’entrée pour apercevoir la fiancée parée entrer).

Et soudain, elle est là. ELLE EST LA. On ne voit plus qu’elle. Je ne me souviens même pas qui me la met dans les bras. Je plonge juste dans ses deux petites yeux noirs qui nous fixent et s’emplissent de larmes. Elle se tord en arrière et, en une fraction de seconde, je retrouve l’attitude de Philippe lors de notre rencontre. Ce corps de tout petit qui se tend de toutes ses forces à l’opposé de l’adulte qui le saisit, sans pouvoir fuir… Je l’enveloppe avec mes bras pour qu’elle se retrouve rassemblée contre moi et elle cesse rapidement de pleurer. Quelle force d’âme, petite Pia ! Nous sommes aussi édifiés par notre Philippe qui s’approche de sa petite sœur pour lui murmurer à l’oreille : « C’est pas facile, je sais. Mais t’inquiète pas. Maintenant c’est pas facile, mais après ça va vraiment bien aller. » Glandes lacrymales des deux parents : HS.

Sans savoir comment, nous nous retrouvons seuls tous les quatre dans la salle. Nous savourons cette intimité toute neuve. Les enfants s’échangent leurs cadeaux : Pia reçoit un doudou de la part de Philippe (merci Graspé et Manath) et notre petit gars saute au plafond en découvrant ses 3 premiers « Bakugan » (well done pour le conseil, Clém !). « Maman, comment elle savait, Pia, que j’en rêvais ? »

A peine un quart d’heure plus tard, on revient nous chercher pour regagner l’hôtel. Il faut laisser la place à une autre famille, française elle aussi. Nous reparcourons le couloir en sens inverse. Je me dis que dans quelques temps, le visage de notre poupée se trouvera au milieu de ces innombrables sourires.

Sur le trajet du retour, Pia est très calme. Nous sentons la chaleur de son corps tout frêle assis sur nos genoux. Vite, vite, à l’hôtel ! Nous avons hâte de nous poser tous les quatre pour faire connaissance. Petits jeux, grignotages, chatouilles, gros câlins, … Nous n’en revenons pas d’être ensemble ! Quelques coups frappés à la porte : ce sont Estelle et Sébastien (les fameux « suivants ») qui nous font une petite visite de voisins. Trop sympa d’échanger avec eux autour de nos deux trésors. Nos deux grands se mettent immédiatement à jouer ensemble.

Fin de journée classique, entre petites courses de bouffe, bain des kids, dîner, rituel du coucher. Avec notre fille toute neuve, chacun de ces gestes anodins prend une saveur intense : quelle joie de voir nos deux enfants barboter dans une petite baignoire en plastique, Philippe prenant son rôle de maître nageur très au sérieux (dans le dossier de Pia, il était spécifié qu’elle avait peur de l’eau). Il sera aussi très fier de ne pas avoir à dîner avec sa sœur, mais avec nous, comme un grand. Nous mesurons tous les efforts qu’il fait pour ne pas se laisser déborder par la jalousie. Mais les regards qu’il nous lance lorsque nous câlinons Pia son éloquents. Pas facile d’apprendre à partager ses parents !

Pia nous fera le cadeau d’une nuit complète. Elle s’endort paisiblement, toute seule dans son lit.

 

On finit, épuisés, cette journée en mode » quatre G ».

4G, comme cette connexion qui commence à s’établir entre nous quatre. Père, mère, fille. Frère, sœur. Parents, enfants.
4G comme les 4 Germain enfin réunis.
4G comme ceux que nous nous sommes pris dans la figure ce lundi 10 mai 2021, sans combinaison de pilote.

Le Pilote, c’est bien toi, Seigneur, qui a su nous conduire tous ensemble les uns vers les autres : MERCI !

 

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